Le Devoir
12 juillet 2014
Mélanie Marquis

Exportations d’électricité du Québec vers l’Ontario : une solution équitable

Le Québec et l’Ontario bénéficieraient à parts égales d’une hausse des exportations d’hydroélectricité sur le plan économique, selon un rapport produit par des groupes environnementalistes des deux provinces.

En augmentant les exportations vers l’Ontario à partir des lignes de transport d’Hydro-Québec déjà en place, le Québec engrangerait des revenus d’environ 600 millions de dollars par année, soit quelque 12 milliards sur 20 ans, conclut-on dans le document produit par Équiterre et l’Ontario Clean Air Alliance (OCAA).

L’Ontario ne serait pas en reste ; la province réaliserait des économies équivalentes, estiment les deux organismes, qui n’ont pas manqué de souligner l’incertitude entourant l’avenir de la centrale nucléaire de Darlington. En mai dernier, la Cour fédérale a rejeté les approbations préliminaires pour la construction d’une série de nouveaux réacteurs nucléaires de puissance à la centrale. Le projet d’expansion est donc sur la glace.

Selon Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre, les conditions gagnantes sont donc réunies, d’autant plus qu’au cours des dernières années, les prix à l’exportation vers le sud ont fondu comme neige au soleil dans la foulée des changements survenus dans le paysage énergétique aux États-Unis.

« En raison de l’exploitation des gaz de schiste, à partir de 2008, la baisse brutale du prix du gaz naturel a entraîné une diminution importante du prix de l’électricité dans le Nord-Est américain », peut-on lire dans un rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec qu’Équiterre et l’OCAA ont utilisé pour élaborer le leur.

Qui plus est, de ce côté-ci de la frontière, le Québec ne sait que faire de ses surplus d’électricité, mais surtout, la situation politique — l’élection récente de deux gouvernements libéraux — est favorable à la conclusion d’une entente, croit M. Guilbeault. « Si on avait eu le PQ au Québec encore et les conservateurs en Ontario, je ne suis pas sûr que ces deux partis auraient eu envie de se lancer dans des négociations. Alors là, je pense que des deux côtés, il y a un intérêt. »

Évidemment, l’enjeu de la création d’emplois — qui a été au cœur de la campagne électorale ontarienne s’étant soldée par l’élection Kathleen Wynne — pourrait venir compliquer les choses, reconnaît l’environnementaliste.

« Il pourrait y avoir des réticences, a lâché Steven Guilbeault. Si on décide de ne pas rénover cette centrale-là, ce sont des emplois en moins. Mais je pense que l’analyse qui doit être faite en Ontario, c’est de savoir si le coût du nucléaire justifie le maintien de ces emplois-là. »

En allant de l’avant avec ce projet, le gouvernement du Québec — principal actionnaire de la société d’État — pourrait réinjecter les sommes engrangées dans ses programmes sociaux, dans les infrastructures comme le transport en commun, ou encore l’affecter à la réduction de la dette, plaident les auteurs du document.